Presse

ASPECTS OF DARNKESS AND LIGHT

b829bcc2-9335-4a26-99b1-704eaa3a6192.imgJoshua Redman, Wigmore Hall, Londres – Critique
Accompagné d’un quatuor à cordes, le saxophoniste de jazz crée une nouvelle œuvre de Patrick Zimmerli – Financial Times, 27 avril 2014

Un doux chatoiement de notes aigües jouées par les violons et un sifflement mélodique fantomatique a ouvert la représentation de ce soir, l’un des concerts de la série de jazz programmée par Joshua Redman cette saison. Il s’agissait de la création mondiale de « Aspects of Darkness and Light », du compositeur et arrangeur Patrick Zimmerli, et la brève introduction a d’emblée posé les espiègles ambiguïtés de textures de son thème central.

La soirée s’est déroulée en une succession de pièces brèves mêlant les compétences de jazz du saxophoniste Joshua Redman aux performances techniques du quatuor à cordes Escher, soutenus par une section rythmique de contrebasse et percussion au toucher léger. Chaque composition représentait une différente manifestation lumineuse à l’atmosphère résumée par des titres tels que « Starbursts and Halos » (« Explosions d’étoiles et halos ») – une ballade abstraite suivie d’un entraînant rythme ternaire dans les cordes -, « Sun on Sand » (« Soleil sur le sable ») et « Through Mist » (« À travers la brume »).

« Between Dog and Wolf » (« Entre chien et loup »), traduction littérale de l’expression française désignant le moment entre le jour et la nuit, commence avec un boogie-shuffle de cymbales et un thème optimiste que Redman envoie ensuite aux cordes. Une pause de violon, une danse presque campagnarde, et bien d’autres choses entre les deux. Dans « Dark White » (« Blanc sombre »), un charmant solo de contrebasse de Scott Colley, un thème funky, de sensuels coulés de violons, et un éclat de jazz au tempo rapide.

Zimmerli prend des éléments familiers de la musique classique du 19ème siècle et des séquences standard du jazz et de la pop; il y ajoute des influences ethniques, et fait preuve d’un vif talent pour créer des mélodies entraînantes… En cela, sa musique peut être qualifiée de cinématique. Ses motifs sont méticuleusement développés et ses textures atmosphériques, et pourtant à Wigmore, alors qu’il dirigeait le concert, il semblait douter un peu de ce mélange de genres: « Je ne suis pas complètement sûr de ce que je fais ce soir », a-t-il annoncé après le premier morceau, « Flash ».

Mais entre la façon dont il a su intégrer des éléments disparates, et les compétences individuelles des musiciens sur la scène, il n’avait pas besoin de se faire du souci. Redman a apporté une sonorité jazz nette, dotée d’une précision harmonique et d’un fort sens du swing, tandis que le percussionniste Satoshi Takeishi, assis par terre, mélangeait cymbales de jazz traditionnelles, roulements de taikos sans montures, et sonorités de tambours sur cadre proches de celles de timbales.

Lorsque les frontières sont brouillées, mêmes des langages familiers peuvent suprendre. Le fringant final « Fireworks » (« Feux d’artifices ») a adroitement reproduit les éclats et retombées d’un spectacle pyrotechnique; les virtuosités de cet ensemble jazz-classique et les solos individuels des membres du groupe ont valu à Redman et ses compagnons un bis bien mérité.

Critique: Joshua Redman, Scott Colley, Satoshi Takeishi, Escher String Quartet à Wigmore Hall: Aspects of Darkness and Light de Patrick Zimmerli – London Jazz News, 25 avril 2014

La musique mélange de courts interludes et vignettes avec des structures plus complexes. On y trouve une grande variété d’atmosphères et de styles dans l’écriture pour les cordes, de passages évoquant Bartok et Janacek dans « Through Mist » à des « Américana » dans le style de Copland et Ives dans « First Light ». Deux des interludes contenaient une mélodie témérairement jouée par un instrument grave contrastant avec de frénétiques harmonies aigues. Il y avait aussi, tout droit sortis de la boîte à effets des cordes, smears et scordatura. Le quatuor Escher a su passer entre les styles et capturer les changements d’atmosphère avec énergie et panache… La soirée a, en ce qui me concerne, offert deux très bonnes nouvelles. La révélation – pour moi – a été le percussionniste Satoshi Takeishi. Assis discrètement sur le sol, il est parvenu à émettre dans Wigmore Hall des sons qui équilibraient complètement toutes les autres combinaisons instrumentales autour de lui, et à être toujours un plus, jamais intrusif ou dominant. Sa façon d’ancrer le rythme avec Scott Colley fut une démonstration d’excellence tranquille… L’autre bonne nouvelle, c’est que le public était probablement l’un des plus jeunes jamais vu à Wigmore Hall.


Photo: Pınar Gediközer

Patrick Zimmerli – « Composer c’est une question d’énergie » – interview pour le magazine Pluris, novembre 2013 & janvier 2014

Le poème devenu musique: Sappho Songs, entretien avec Patrick Zimmerli – La cause littéraire, 9 juillet 2013

Navigating Surely (With a Steady Horn) Between Quartet and Orchestra – Joshua Redman at Town Hall – Critique du New York Times, 6 juin 2013


MODERN MUSIC

Loïc Picaud, critique de l’album Modern Music sur Music Story

Sixième album de Patrick Zimmerli, Modern Music est sans doute la meilleure porte d’entrée d’un compositeur inclassable, passant du jazz au contemporain avec une facilité déconcertante. Le fait que les pianistes Brad Mehldau et Kevin Hays en soient les principaux protagonistes n’y est peut être pas pour rien, exécutant les pièces composées ou choisies puis arrangées par l’initiateur du projet.

Lequel prend un malin plaisir à se faire succéder des morceaux de son cru, d’une belle évidence (en ouverture, « Crazy Quilt » est accessible aux non-initiés) ou assez complexes (« Modern Music »), à des pièces réputées plus difficiles, mais dont le traitement à quatre mains la beauté initiale. Il en est ainsi de « Excerpt from Music for 18 Musicians » signé Steve Reich et du « String Quartet N°5 » de Philip Glass, car « Lonely Woman » (Ornette Coleman) s’impose naturellement aux oreilles.

Entre pièces inédites et relectures subtiles, Patrick Zimmerli a donné carte blanche pour un titre à chacun de ses collaborateurs. Kevin Hays adresse une superbe « Elegia » (hommage à Beethoven) tandis que Brad Mehldau signe un « Unrequited » à ranger dans son répertoire traditionnel.

Sounds Heard: Mehldau-Hays-Zimmerli-Modern Music – New Music Box, October 18, 2011

Patrick Zimmerli, dont le rôle dans Modern Music est moins défini, a peut-être besoin d’être présenté un peu plus longuement. Aussi impressionnant au saxophone qu’à la tête d’un ensemble, son enregistrement pour quatuor Twelve Sacred Dances, sorti en 1998, fut l’un des hauts points du regretté règne des frères Chriss en tant que découvreurs de talents chez Arabesque. Alors que les compositions sur l’album étaient clairement destinées à mettre en valeur l’interaction grisante entre le saxo ténor de Zimmerli, le percussionniste John Hollenbeck, et les deux-tiers des Bad Plus (le pianiste Ethan Iverson et le contrebassiste Redi Anderson), le vocabulaire harmonique de la musique – ainsi que ses fréquentes superpositions de couches de timbres – pouvait à l’occasion induire les moins attentifs des auditeurs à penser qu’ils étaient en train d’écouter un groupe de musique nouvelle en train d’interpréter une partition contemporaine complexe. Un enregistrement suivant chez Arabesque de deux trios avec piano (classiques, c’est-à-dire avec violon, violoncelle, et piano, contrairement au trio avec piano de jazz, qui compte piano, contrebasse, et percussions) révèle son entière compétence en matière de composition réellement écrite et destinée à être jouée par des interprètes autres que lui-même (sur l’enregistrement, Scott Yoo, Michael Mermagen, et John Novacek). En écoutant attentivement, la musique a un petit goût de jazz reconnaissable; ironiquement, il y même des moments où elle est plus ouvertement orientée vers le swing que Twelve Sacred Dances. Mais si ces deux albums révélaient un créateur à la fois compositeur classique inspiré par le jazz et jazzman contemporain tourné vers la musique classique, les frontières s’avèrent être encore plus floues dans Phoenix, enregistrement sorti chez Songlines en 2005. Zimmerli y mélange son saxophone (soprano cette fois-ci), un trio avec piano de jazz (celui qui compte piano, contrebasse, et percussions), un quatuor à cordes, et, par dessus le marché, de la musique électronique, créant ainsi de la musique qui alterne entre jazz contemporain et orchestre de chambre, et s’apparente parfois à de la techno… Le projet de Modern Music a été initié par Zimmerli, même si Mehldau et Hays – qui n’avaient jamais joué ensemble sur un même CD – évoluent dans les mêmes cercles depuis la fin des années 80, et avaient envie de collaborer depuis longtemps. Outre produire l’enregistrement, Zimmerli a également déterminé quel répertoire Mehldau et Hays enregistreraient, mais décrire sa contribution comme étant avant tout celui qui a « composé et arrangé » la musique ne me semble pas vraiment exact. Au départ, l’idée était d’avoir Mehldau et Hays jouer des arrangements, réalisés par Zimmerli, de morceaux de musique classique moderne. Le projet a commencé avec leur interprétation d’un arrangement de la tardive composition de Richard Strauss Metamorphosen. Parmi les autres morceaux originairement destinés à un traitement similaire, Tabula Rasa d’Arvo Pärt, la Symphonie n°3 d’Henryk Gorecki, Music for 18 Musicians de Steve Reich et le quatuor à cordes n°5 de Philip Glass. Un standard de jazz a également été choisi (« Lonely Woman » d’Ornette Coleman), et chacun des pianistes devait également apporter sa contribution avec une composition originale. Strauss, Pärt, et Gorecki finirent par se retrouver coupés au montage, et Zimmerli composa quatre morceaux originaux pour le projet. Puisque l’album compte finalement neuf morceaux, cela signifie que la plupart des morceaux de l’album n’ont pas été composés par Zimmerli. Mais si l’on devait assigner un auteur au projet cela resterait probablement Zimmerli, car le choix du répertoire est l’ingrédient le plus important ici. On y trouve une remarquable unité en terme de voix compositionnelle, bien qu’il y ait six compositeurs au total. Les compositions de Zimmerli, en particulier le morceau éponyme et celui qui ouvre le CD (« Crazy Quilt »), prouvent que l’on peut créer une mine d’or musicale lorsque l’on soumet des procédés de composition minimalistes aux caprices de l’improvisation. Il n’y a peut-être pas de preuve plus incontestable que d’entendre ce que Zimmerli parvient à faire faire à Mehldau et Hays dans la séquence d’accords d’ouverture de la Music for 18 Musicians de Reich: Robert Fripp a un jour fait le commentaire suivant, qu’il appréciait la musique de Reich, mais qu’il manquait à sa préconception « le facteur aléatoire, le facteur hasard ».

En brouillant encore davantage les frontières entre composition, interprétation, et paternité de la création, Mehldau, Hays et Zimmerli ont certainement ajouté ce facteur de hasard. Savoir qui est l’auteur de la musique dépendra, au final, du contexte dans lequel on l’inclut, mais quel que soit l’endroit d’où vous venez, cela changera la façon dont vous concevez les choses.

« Modern Music »
Sortie chez Nonesuch, 20 septembre 2011

Brad Mehldau & Kevin Hays: Modern Music
A beguiling and richly detailed piano duet produced and arranged by composer Patrick Zimmerli – Financial Times, 17 septembre 2011

Enthousiasmant et richement détaillé, le duo de pianos constitué par Brad Mehldau et Kevin Hays mêle exploration intime et précision de composition formelle. Les deux pianistes se renvoient les phrases musicales et enrichissent leur palette mutuelle avec la confiance de deux vieilles connaissances; mais c’est la présence d’une structure formelle globale qui donne son éclat à l’ensemble. L’album a été produit et arrangé par Patrick Zimmerli, et ses partitions assurent la présence de lignes claires, sans aucunement faire de manières. Les trois collaborateurs ont chacun écrit des pièces originales: Reich, Glass et « Lonely Woman » d’Ornette Coleman font aussi l’objet d’arrangements.

18CHINEN1-articleLargeOn Common Ground – The Pairing of Piano Men – The New York Times, 16 septembre 2011

« Modern Music » (Nonesuch), des pianistes Brad Mehldau et Kevin Hays, est un album moins joyeux, peut-être en raison de son poids conceptuel. C’est aussi une plus grande réussite. M. Mehldau et M. Hays, tous les deux la quarantaine, n’ont pas besoin de faire d’efforts pour trouver un terrain commun, et ils s’attachent du coup à apporter le plus grand éclat à un matériau de choix: une pièce originale chacun, repensée pour l’occasion; des arrangements forts d’œuvres de Steve Reich, Philip Glass, et Ornette Coleman; et quatre morceaux complexes de Patrick Zimmerli.

Ce nom apparaît en couverture de l’album, et pour une bonne raison: c’est à M. Zimmerli, qui a suivi le même programme de jazz au lycée que M. Mehldau, que l’on doit les sérieux et ingénieux arrangements reflétant son ancrage dans la musique classique contemporaine. L’écriture de M. Zimmerli est savamment calculée; là où il y a de l’espace pour l’improvisation il pose des pièges utiles dans le but de contrecarrer l’aisance réflexive de ses interprètes. Et ce qu’on remarque au final n’est pas la main invisible de M. Zimmerli, ni même les quatre mains de M. Mehldau et de M. Hays. Ce qui ressort, c’est la concentration fiévreuse de toute l’entreprise, ainsi que l’idée qu’a depuis longtemps adoptée M. Corea: tout est musique, une musique dont le flot traverse avec insouciance les frontières des styles.

Critique Allmusic

Modern Music, fruit de la collaboration entre les pianistes de jazz collègues de longue date Brad Mehldau et Kevin Hays, et le compositeur et arrangeur Patrick Zimmerli (un de leurs amis mutuel), est un enregistrement qui frappe par la façon dont il s’appuie en profondeur sur la technique et les arrangements de la musique classique moderne. Certes, Mehldau est connu pour s’essayer à toutes sortes de musiques, de la pop à la musique classique, dans ses enregistrements et dans ses concerts live. Hays s’est lui aussi diversifié depuis quelques années, élargissant sa distinctive et intelligente approche post-bop, au swing extrême, pour inclure des compositions dotées de touches de musique classique moderne, comme celles que l’on trouve sur le CD Piano Works, Vol III. Zimmerli, qui a composé les partitions pour cet enregistrement, jouait du saxophone dans sa jeunesse. C’est lui qui a composé et choisi l’immense majorité du matériau musical. Trois des morceaux sont de lui; Mehldau et Hays en ont composé un chacun; il y a aussi des relectures de « Lonely Woman » d’Ornette Coleman, un extrait de « Music for 18 Musicians » de Steve Reich, et un autre du « String Quartet N°5 » de Philip Glass. Ceux qui sont à la recherche d’un enregistrement de jazz devront chercher ailleurs; même le standard de Coleman est extrêmement formel, avec Mehldau (canal droit) qui joue la mélodie en variant les dispositions des accords tandis que Hays créée autour de la pulsation des motifs rythmiques et harmoniques dans le registre moyen et aigu. Puis, vers le milieu du morceau, il se met à swinger au moment où Mehldau reprend la ligne rythmique, mais même alors, le dialogue en contrepoint créé par Hays entraîne loin de la belle pédale centrale du morceau de Coleman. La section de l’œuvre de Reich, qui essaie à sa façon d’imiter les percussions à clavier, n’est pas aussi forte et convaincante. Mais ces griefs mis à part, les compositions de Zimmerli « Crazy Quilt », « Modern Music », et « Generatrix », avec leur palette fournie, leurs dialogues complexes entre les claviers, et leur contrepoint, sont toutes profondément gratifiantes. Son sens de la mélodie se retrouve dans ses approches rythmiques; ses demi-tons et changements tonals saccadés sont particulièrement remarquables en ce qu’ils parviennent à mettre en valeur les dons techniques et mélodiques des deux pianistes, malgré la quantité de notes à jouer. Derrière son humeur apparente, « Elegia », de Hays, est également plus pastoral que son titre ne l’annonce. Pour conclure, Modern Music tient les promesses de son titre; ce n’est pas un album de jazz, mais un album dans lequel de nouvelles considérations sur la composition harmonique et le dialogue entre instruments sont clairement apparentes et exécutées avec discipline et verve.

« Modern Music » en concert et en tournée

Brad Mehldau fait escale à Pleyel en duo avec Kevin Hays

Après avoir inlassablement écumé les scènes du monde entier au gré de ses inspirations en formation trio, Brad Mehldau fait escale à la salle Pleyel avec un duo – une fois n’est pas coutume. Kevin Hays était à ses côtés ce soir pour interpréter leurs compositions personnelles, des arrangements de pièces de Steve Reich, Philip Glass et Ornette Coleman, ainsi que des compositions du compositeur et arrangeur Patrick Zimmerli.

Deux grands queues Steinway & Sons noirs tête-bêche attendaient patiemment que la salle se remplisse, avant l’entrée en scène de Brad Mahldau et Kevin Hays. À ma gauche, Brad Mehldau, silhouette juvénile poivre et sel, baskets de ville, qui jouera piano ouvert, assis très bas ; à ma droite, même allure décontractée, barbe à la manière du cool newyorkais, mais chaussures de ville, et position haute, droite. Des détails superflus ? Pas seulement, comme nous allons le voir.

Au programme, ils joueront essentiellement des morceaux et improvisations tirés de leur album commun, Modern Music, paru en 2011. Le jeune compositeur Patrick Zimmerli a composé des pièces et arrangé d’autres compositeurs pour les deux pianistes virtuoses. De longs morceaux contemporains, contemplatifs, qui oscillent entre impressionnisme et abstraction.

Dès les premières notes, la profonde entente qui règne entre les musiciens est évidente. Les pianos résonnent comme en symbiose, et pourtant leurs personnalités respectives se distinguent rapidement. Brad Mehldau, qui parcourt les salles du monde entier depuis les années 1990, n’a rien perdu de sa superbe, avec un jeu cristallin qui fait la part belle à la main gauche. Mais là où son partenaire affiche une belle retenue, pratiquant un jeu intériorisé et sobre, Brad recherche l’empathie avec son public, au risque de frôler le maniérisme. Alors que Kevin tourne encore ses partitions à l’ancienne, Brad est déjà passé à la partition numérique sur tablette, et a déjà trouvé comment intégrer une pression de l’index pour tourner la page au milieu des volutes de son jeu de poignets. Kevin Hays a impressionné par sa maîtrise de la mélodie, dont il avait souvent le leadership, face à la rythmique brillante et précise de Brad.

Restent une virtuosité indéniable et de magnifiques transitions dans les nuances, une sensibilité à fleur de peau que nos deux pianistes ont mises à l’épreuve pendant les deux heures du concert. Le public a beaucoup apprécié, et a pu rester pour écouter deux reprises avant un dernier salut. Patrick Zimmerli a également été invité à venir saluer le public sur scène.

Géraldine Bretault, http://toutelaculture.com/musique/brad-mehldau-fait-escale-a-pleyel-en-duo-avec-kevin-hays/

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Walter Simmons, Fanfare Magazine

La récente sortie de ce CD constitue ma première rencontre avec le nom et la musique de Patrick Zimmerli. Les notes accompagnant le disque offrent peu d’informations contextuelles ou biographiques, mais un peu de recherche sur internet révèle qu’il est né en 1968 à New York, et qu’il est diplômé de la Columbia University, où il a étudié avec Fred Lerdahl. Il semble plus connu comme saxophoniste de jazz que comme compositeur de « musique de concert »; son site internet offre un fond musical d' »environnement sonique » statique. Mais aucun de ces deux courants conceptuels n’offre d’indices sur la musique du CD objet de la présente critique. // Ayant écouté plusieurs fois ces deux trios avec piano, je dois dire qu’ils sont tout simplement sensationnels! Les deux œuvres ont été composées entre 2001 et 2003, et elles sont suffisamment similaires pour que mes réactions s’appliquent tout autant à l’une qu’à l’autre. (J’imagine que j’en percevrai les différences lorsque je les connaîtrai mieux.) Pour commencer au commencement: chaque trio comprend quatre mouvements et dure environ une demi-heure. Ils reflètent tous les deux l’éthos, l’esthétique, la rhétorique, et le style général des trios pour piano de Brahms: des assertions fortes et puissantes qui semblent porter au-delà de la composition intime de la traditionnelle musique de chambre classique pour atteindre une grandeur quasi-symphonique, tout en gardant une forte connexion avec leur racines classiques formelles. Cela donne à la musique un profil bien plus conservateur que celle, par exemple, de Paul Moravec, autre excellent compositeur traditionnaliste défendu par Arabesque et dont j’ai récemment parlé dans ces pages. La note d’intention de Zimmerli évoque son mélange des langages du jazz et de la musique classique dans les deux œuvres, mais ce n’est pas du tout comme ça que je les entends. Ce que me disent mes oreilles, c’est qu’il a simplement enrichi son langage des nombreux développements harmoniques qui ont eu cours au 20ème siècle. Je me hâte d’ajouter que c’est tout à son avantage: j’ai toujours trouvé que les hybrides de jazz et musique classique – et surtout ceux dotés de prétentions élevées, qui ne cessent d’alterner entre les deux pôles – étaient des stratagèmes forcés, empruntés, et terriblement fastidieux, qui se souciaient plus de leur concept que de leur substance. On pourrait, je suppose, dire que le langage harmonique étendu de Zimmerli se confond en partie avec celui du jazz, et j’imagine que c’est ainsi qu’il le conçoit; mais il est complètement transformé en un outil expressif très convaincant. // Les deux trios commencent par un mouvement de sonate allegro d’une immense force émotionnelle et d’une urgence indéfectible; les mouvements suivants maintiennent un niveau d’intérêt extraordinairement élevé. C’est une musique animée par des motifs, au contrepoint fort, mélodiquement généreuse, et rythmiquement vigoureuse. L’écriture instrumentale dénote une incroyable maîtrise (le scherzo du trio n°2 est un étourdissant tour de force pour le violoniste). Les deux œuvres offrent des expériences musicales pleinement gratifiantes, qui laissent l’auditeur impatient de savoir ce que ce relativement jeune compositeur a d’autre à offrir. Il ne faut pas non plus négliger la qualité de l’interprétation par les membres du Seattle Chamber Music Society qui ont commandé et créé les deux trios. Ils jouent avec une brillance technique, une exubérance émotionnelle, et une pleine et entière conviction. Je recommande absolument.

Fanfare Magazine

Cette année je ne suis arrivé à retenir que quatre récentes publications qui ont satisfait mes critères de grand répertoire récent, peu connu, magnifiquement interprété et superbement enregistré… Patrick Zimmerli, né en 1968, est le plus jeune des compositeurs cités ici. Bien qu’il se produise comme musicien de jazz, ses deux trios pour pianos sont d’un style hautement traditionnel, qui évoque des œuvres similaires de Brahms. Mais Zimmerli parle à travers ses modèles avec tant d’urgence et d’authenticité que les résultats sont irrésistiblement entraînants, tandis que leur impact est renforcé par les interprétations virtuoses.

James H. North

J’ai bien peur que cette critique ne nécessite une introduction un peu longue: il y a une quinzaine d’années, j’écrivais beaucoup de critiques de musique contemporaine pour le magazine Fanfare. Cela a diminué pour deux raisons: la plus importante, c’est que nous avons eu la chance d’avoir de jeunes compositeurs qui se sont mis à écrire pour nous; et je ne pouvais certainement pas égaler la connaissance et la compréhension de Robert Carl en musique contemporaine. C’est aussi que la direction des compositions contemporaines a changé, ou, tout du moins, celles des compositions enregistrées. Le long combat contre la modernité et la complexité avait finalement été gagné, à ma grande déception, et je trouvais la plupart des nouveaux enregistrements édulcorés, voire malhonnêtes, comme s’ils n’avaient été écrits que pour plaire au public, ou au moins pour éviter de l’offenser. Bien sûr, je pouvais me tromper complètement; ce n’était peut-être que ma réaction, et pas les intentions des compositeurs, et je n’avais donc pas envie d’écrire à ce sujet. J’aime beaucoup la musique complexe, dense, et sérieuse écrite au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle: Dutilleux, Henze, Erb, Tsontakis… Pas le sérialisme en soi, mais certain de ses fournisseurs. // Tout cela pour dire que la musique du 21ème siècle de ce CD me convainc. Elle a les qualités qui devraient faire plaisir au public, et en même temps je suis certain que le compositeur écrit pour lui -même. D’un côté, c’est traditionnel: une paire de trios avec piano, rien de moins! De l’autre, je trouve cette musique originale, sérieuse, et bien écrite. Il y a beaucoup de jazz tapi dans l’ombre, et parfois aussi en plein jour; c’est néanmoins une musique sérieuse, formelle, mais qui ne ressemble à celle d’aucun compositeur particulier, ou d’aucun mélange de compositeurs. Les allegros sont sauvages, souvent furieux – ce doit être l’enfer à jouer – et les parties lentes sont lyriques sans être mièvres. La musique est conventionnellement tonale, au moins pour mes oreilles tellement accoutumées à la dissonance, à la polytonalité, et même à l’atonalité; mais elle contient aussi beaucoup d’action harmonique intéressante. Il y a une abondante variété au sein des mouvements, et entre eux, et pourtant on a l’impression d’un tout unifié et gratifiant. Est-ce, alors, de la musique facile? Non, elle reste dense et souvent complexe (vous vous souvenez de Beethoven?), mais elle est mue par un esprit vibrant que l’on perçoit dès la première écoute. Bien que ces trios ne ressemblent pas du tout à ceux de Brahms, ils créent le genre d’excitation que l’on entend dans des interprétations tout feu tout flamme des quintettes pour piano de Brahms, comme celles de Leon Fleisher. Ici aussi, la performance des trois jeunes musiciens est tout feu tout flamme: virtuose, assurée, et concentrée. Il est évident qu’ils connaissent bien cette musique; difficile d’imaginer une meilleure représentation de ces œuvres. L’enregistrement offre tout ce qu’on pourrait désirer. // Dans la note d’intention qu’il a écrite pour le CD, Patrick Zimmerli ne nous dit rien sur lui, il ne parle que de la musique. Le matériel promotionnel qui accompagne le CD nous dit qu’il a reçu un BA de la Columbia University en 1990 – il doit donc avoir environ 35 ans aujourd’hui, à moins qu’il n’ait été un enfant prodige, ce qui pourrait bien être le cas. Il a étudié la composition avec Fred Lerdahl et a obtenu son DMA en composition en 2000. Saxophoniste de jazz indépendant, Zimmerli partage sa vie entre ces deux pôles musicaux qu’il mélange tellement bien ici. Les trios ont été écrits en 2001-2002 et 2003. // J’ai bien conscience que, dans ce magazine, nous avons tendance à dire qu’un CD est un must pour chaque collection; je ne le dirai donc pas. Mais si mon premier paragraphe a évoqué un quelconque assentiment en vous, c’est qu’il est peut-être le temps de sauter le pas.

Ken Smith, Gramophone Magazine

Bien écrit et bien joué: que de vie dans les trios avec piano. La première chose qui vous frappe, c’est le rythme – un courant torrentiel qui entraîne tout derrière lui. Puis vous commencez à remarquer ce que le courant a emporté d’autre – des modes pentatoniques exotiques, des rythmes de jazz syncopés, des constructions métriques irrégulières arabisantes, et même suffisamment de motifs de musique pop pour garder l’intérêt de l’auditeur constamment en éveil. Si ce n’était pour l’instrumentation et les structures relativement classiques, on pourrait presque imaginer qu’il y a parfois une batterie de jazz. Bien qu’ils ne soient pas exactement symétriques, ces trios commandés par le Seattle Chamber Music Festival constituent un parfait diptyque pour un CD. Un éventail incroyablement large de ressources musicales et émotionnelles se déplie avec un sens quasi-parfait de l’équilibre et des changements de cap propices… »

L’irrésistible énergie de la partition semblait surgir de toute part: formes classiques, harmonies de jazz, et une atmosphère méditative à la Arvo Pärt – quant aux dernières mesures, du romantisme pur. » New York Times (critique du Trio avec piano n°1 au Summergarden du MoMa).

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« La note d’intention qui accompagne ce sixième CD de Patrick Zimmerli, compositeur et saxophoniste new-yorkais, n’indique pas quand il a pu tomber sur terre de galaxies inconnues, entraînant avec lui un mélange inclassable de jazz, de cordes, et de musique électronique. La série s’ouvre sur le paysage onirique de « M », plus tard spectaculairement revisité par le piano de Kevin Hays qui en assume le thème, pour finir par émerger à nouveau de façon plus feutrée dans le final. Dans « Only Surround », Hays devient carrément badin en compagnie du saxo de Zimmerli et des percussions de Satoshi Takeishi. Les tourbillons et nuages de son qui émergent de l’ensemble des morceaux constituent des expressions variées de l’aventurisme de Zimmerli. Les styles se mélangent, sans être restreints par les frontières des catégories traditionnelles du jazz ou de la musique classique. La plupart des morceaux sont des compositions de Zimmerli, dominées par l’interaction entre les instruments électroniques et acoustiques. Et pourtant les rythmes de bossa nova de « How Insensitive » de Jobim qui flottent doucement entre les violons, le saxo, et le piano, trouvent également bien leur place ici. « Away from you » est un voyage acoustique saccadé guidé par le saxo, qui ressemble un peu à ce qu’aurait pu devenir la « Grand Canyon Suite » de Grofe si elle avait été jouée par des violons en proie à un trip au LSD. Chacun de ces morceaux créée sa propre atmosphère. Le fil conducteur de l’ensemble: un réel engagement à explorer de nouvelles possibilités. »
Andrew Velez, allaboutjazz.com

« Selon Zimmerli, musicien basé à NY, ce CD est le plus expérimental de tous ceux qu’il a réalisés, mais il devrait séduire les auditeurs dans nombre de domaines. Il a mélangé saxo, piano et basse avec un quatuor à cordes et des synthétiseurs pour créer une tapisserie sonore riche et variée, influencée par de nombreux éléments. On y trouve des interactions créatives entre les instruments électroniques et acoustiques, quelques touches de musique d’ambiance, des approches minimalistes, et de la musique orientale. Mon album préféré de jazz a longtemps été Focus, de Stan Getz, qui échappe à l’habituelle mièvrerie du genre « instrument solo plus cordes » grâce aux compositions imaginatives d’Eddie Sauter. Zimmerli nous offre ici une version 21ème siècle de ce projet, qui bénéficie de ses expériences dans le monde du jazz, mais aussi dans ceux de la musique classique, électronique, pop, et de la musique de film. Le seul morceau qui ne soit pas une composition originale constitue le meilleur arrangement du succès de bossa nova « How insensitive » que j’aie jamais entendu. Zimmerli dit ne pas pouvoir échapper à la musique pop et ne pas chercher à le faire, car elle est source de grande inventivité. Ce qu’il cherche à atteindre, c’est une « musique artistique contemporaine panstylique et esthétiquement viable ». C’est beaucoup – mais calez-vous bien et laissez vous emporter et envelopper par les sons surprenants de ce Super Audio CD au mixage à cinq canaux dont les audiophiles apprécieront la qualité, et la terminologie n’aura plus d’importance… »
John Henry, Audophile Audition

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Down Beat Magazine, Hot Box reviews, mars 2003

« … une réussite impressionnante… Que ce soit du point de vue des compositions de Zimmerli, complexes et riches, particulièrement en terme de rythme, ou de l’incroyable qualité des performances, qui a dû être extrêmement difficile à atteindre compte-tenu de la complexité des morceaux, The Book of Hours est un grand succès… (Patrick Zimmerli) est un compositeur doué d’une oreille extraordinaire pour combiner entre elles différentes couches musicales et créer de façon si personnelle des transformations au sein d’un morceau donné; c’est, qui plus est, un excellent joueur de saxophone soprano. » John Corbett

« … des traits intrigants, souvent excentriques, de composition moderniste… » John McDonough

« Impressionnant. » Jim Macnie

« Le saxophoniste Zimmerli mêle écriture rafraichissante et intense travail de groupe. Chaque morceau, comme celui qui précède, est une merveille de cohésion de groupe… » John Ephland

« Un exercice supérieur en jazz de chambre… Un parcours sans faute à travers une variété de rythmes, d’harmonies, de mélodies, et de couleurs de composition, les membres de l’ensemble jouent chacun leur partie sans qu’une note ne soit pas à sa place… Zimmerli s’est fondé sur la structure d’une cérémonie religieuse et, par l’alchimie de la composition, a rendu cette suite de plusieurs mouvements à la fois laïque et énergique… » Jeff Kaiser, Jazz Weekly

« L’album offre une musique extrêmement belle et mélodieuse; Zimmerli utilise souvent des couleurs et des textures vives et tranchées (parfaitement interprétées par les dix musiciens d’Octurn, unis par une même sensibilité), mais il se dégage aussi ici une chaleur révélatrice de l’approche post-Gil Evans de compositeurs comme Maria Schneider. En bref, The Book of Hours est entraînant et parfaitement accessible… Les auditeurs qui ne font pas partie de la mouvance traditionnelle devraient apprécier la complexité polyphonique des partitions de Zimmerli, qui évitent les structures typiques thème-solo-thème du jazz traditionnel (les interludes en canon sont particulièrement influencés par la musique classique, commençant en duo puis se transformant, au fur et à mesure où les instruments viennent se rajouter les uns aux autres, en des itérations en trio, quatuor, et sextet répartis au milieu des autres pistes de l’album). Le matériau thématique (évoquant les atmosphères différentes d’une journée qui passe) est annoncé et répété sous forme de variations au gré des entrées et sorties des solistes devant un arrière-plan toujours prenant et surprenant – voilà de la musique qui garderait l’intérêt du plus intense des avant-gardistes en éveil avec ses permutations constamment en évolution… La musique de Zimmerli peut être téméraire, énergique, propulsive (« Night »), et pourtant elle garde toujours un aspect subtil et discret; même le dialogue qui semble hautement improvisé entre le saxophone baryton et les percussions dans « Noon » suggère une conversation plutôt qu’une engueulade. Et pour ce qui est du saxophone de Zimmerli, son solo de soprano dans le ravissant morceau « Sleep » qui conclut le CD est de toute beauté, et l’un des moments d’improvisation les plus frappants de tout l’album, au moment où le morceau tend à calmer plutôt qu’à exciter le cœur de l’auditeur… » Dave Lynch, All Music Guide